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« La gestion du timing est primordiale »

© Alain Doucé

Du 9 au 17  juin, 39 parapentistes de six pays participent à la sixième édition du St Hil Air’Tour, une course de « marche et vol » de 300 km à travers cinq départements (Isère, Savoie, Haute-Savoie, Drôme et Hautes-Alpes), avec départ et arrivée à Saint-Hilaire-du-Touvet. Interview de Guillaume Bellet, créateur de cet événement auquel il a participé à chaque fois en tant que pilote.

Quelles sont les règles du jeu du St Hil Air’Tour ?
Il faut aller chercher toutes les balises qui forment le parcours (qu’on valide par un enregistrement dans son GPS), soit en marchant, soit en volant, sans utiliser d’autres moyens de locomotion. On est en course de 7h à 20h30 chaque jour, mais il faut obligatoirement se poser avant 20h30. Le lendemain, on doit repartir exactement de l’endroit où on s’est arrêté. Mais on est libre de dormir où l’on veut, tant qu’on revient le lendemain à l’endroit exact où on avait stoppé la course la veille. Chaque pilote peut compter sur un assistant, chargé du soutien logistique (ravitaillement en eau et en nourriture pendant la journée, intendance du soir, suivi des prévisions météo,etc).

Guillaume Bellet © Prevol

Votre compétition est-elle une X-Alps* à la française ?
Oui, c’est un peu l’idée, sauf qu’on se veut quand même plus accessible que la X-Alps. Certains pilotes apprécient notre course parce qu’elle permet de découvrir le format « marche et vol » dans un environnement propice, du fait qu’on évolue globalement dans les vallées assez ouvertes. Cela dit, pour cette édition 2018, la fin de parcours (dans le Beaufortain, le massif du Mont-Blanc et en Haute-Tarentaise) est plus exigeante, du fait que les vallées sont plus exigües et le relief plus accidenté. Ça demande à la fois de la finesse technique en vol, mais aussi davantage d’engament mental, dans un contexte un peu plus oppressant. Néanmoins, cette fin de parcours ne concerne que les engagés en « compétition ». En effet, nous proposons aussi désormais un mode « aventure », avec un parcours moins long, et en outre la possibilité d’échanger les rôles de pilote et d’assistant d’une journée à l’autre au sein des binômes.

© Alain Doucé

Quelle est la stratégie de course la plus efficace ?
En règle générale, on fait à peu près la moitié du parcours en parapente, et donc l’autre moitié à pied. Mais les pilotes qui parviennent à faire un peu plus de distance en volant qu’en marchant vont généralement l’emporter. Parce qu’en termes de temps, la marche est forcément beaucoup plus longue. Là où il faudra 2h30 en parapente pour rallier un point situé à 50 km à vol d’oiseau, on va devoir parcourir 100 km à pied – soit près de 20h de marche – pour arriver au même endroit. La gestion du timing est donc primordiale. Il faut être capable d’accélérer le rythme quand on monte à un décollage, afin de partir dans le meilleur créneau aérologique. Mais il faut pour cela une bonne condition physique, parce que ça peut vouloir dire faire du 1000 m de dénivelé positif par heure avec le sac de 10 kilos sur le dos.

© Alain Doucé

A l’inverse, il m’est déjà arrivé d’attendre deux ou trois heures pour décoller, en attendant des conditions plus propices. Si c’était un pari largement gagnant au final, ce n’est pas facile sur le plan mental. On a toujours peur de s’être trompé dans son analyse météo, du coup on ne se repose pas. C’est aussi pour ça que l’observation et l’expérience du terrain sont fondamentales. On a d’ailleurs le droit de se renseigner auprès de copains parapentistes pour savoir comment ça vole à tel ou tel endroit. Forcément, les pilotes locaux sont avantagés par rapport aux autres.

Propos recueillis par Martin Léger

* Créée en 2003,  la X-Alps est la course de référence en matière de « marche et vol » au niveau international. Elle propose une traversée de l’arc alpin de plus de 1000 km entre Salzbourg (Autriche) et Monaco, via sept pays.